Se payer depuis la holding ou depuis la filiale ?
Quand on dirige un groupe, on dirige plusieurs sociétés à la fois. La question n'est donc pas seulement combien se verser, mais depuis quelle société. Ce choix change votre statut social, vos cotisations, votre retraite, et la trésorerie de chaque entité.
Pourquoi la question se pose
Dans une société unique, la question ne se pose pas : vous êtes dirigeant, vous vous rémunérez là. Dès qu'une holding existe, vous détenez généralement deux mandats — président de la holding, et président ou gérant de la filiale — et vous pouvez être rémunéré au titre de l'un, de l'autre, ou des deux.
Le choix n'est pas neutre. Il détermine le régime social dont vous relevez, le coût total de votre rémunération, et la société qui supporte cette charge. Dans un groupe où les résultats ne sont pas répartis également, cela change aussi qui paie l'impôt.
Un mandat non rémunéré reste un mandat. Vous pouvez être président de la holding sans percevoir un euro à ce titre et être rémunéré uniquement par la filiale. L'inverse est vrai également. Ce qui compte, c'est la cohérence entre ce que vous faites réellement et ce que chaque société vous verse.
Ce que change chaque option
Se payer depuis la holding
C'est le schéma le plus fréquent dans les groupes structurés, et il a trois arguments solides.
Une seule fiche de paie, quel que soit le nombre de filiales
Vous êtes rémunéré à un seul endroit, même si le groupe compte trois ou quatre sociétés. La gestion sociale est centralisée, et le montant de votre rémunération ne dépend pas des résultats d'une exploitation en particulier.
Une rémunération qui survit à une cession
Si vous vendez une filiale, votre rémunération n'est pas affectée. Elle est portée par la holding, qui reste dans votre patrimoine. C'est un point qui compte quand une vente se profile.
Un argument en faveur de l'animation
Une holding dont le dirigeant est rémunéré dispose de moyens humains et exerce une fonction réelle. C'est un élément du faisceau d'indices qui permet de démontrer qu'elle anime son groupe, quand cette qualification est recherchée.
Pour payer votre rémunération, la holding doit avoir des recettes. Soit elle facture des prestations à ses filiales, soit elle reçoit des dividendes. Dans le premier cas, une convention écrite doit exister avant la première facture, et les prestations doivent être réelles.
Une holding qui verse un salaire sans recette n'a qu'une solution : creuser son compte courant ou ses réserves. C'est tenable un an, pas durablement.
Se payer depuis la filiale
C'est souvent la situation de départ, celle qui existait avant la création de la holding. Elle garde plusieurs avantages.
La charge est là où est le résultat
Votre rémunération vient en déduction du résultat de la société qui gagne l'argent. C'est cohérent économiquement, et cela réduit le bénéfice imposable de l'exploitation.
Un financement régulier
La filiale encaisse tout au long de l'année. Elle peut donc verser une rémunération mensuelle sans difficulté de trésorerie, là où la holding dépend de flux irréguliers.
Une simplicité de mise en œuvre
Aucune convention à écrire, aucune facturation intragroupe à justifier. La rémunération d'un mandat social dans la société que l'on dirige effectivement ne soulève pas de question de principe.
Si toute votre rémunération vient de la filiale, la holding n'a ni moyens ni fonction visible. Elle devient une coquille qui se contente de détenir, ce qui ferme la porte à la qualification d'animatrice et complique une transmission future.
Le cas des deux mandats rémunérés
Rien n'interdit d'être rémunéré par les deux sociétés. C'est même parfois la solution la plus juste : vous dirigez réellement l'exploitation et vous pilotez réellement le groupe.
Deux points de vigilance, cependant.
- Le régime social se détermine société par société. Vous pouvez relever d'un régime dans la holding et d'un autre dans la filiale, selon votre statut et le pourcentage que vous détenez dans chacune. Les conséquences sur les cotisations et sur la retraite doivent être vérifiées.
- Chaque rémunération doit correspondre à une fonction réelle. Deux mandats rémunérés au même niveau pour un travail identique sont difficiles à justifier. Il faut pouvoir décrire ce que vous faites dans chaque société.
Chaque rémunération suppose par ailleurs une décision formalisée : un procès-verbal fixant le montant, dans la société concernée.
Les erreurs fréquentes
- Faire payer la holding sans qu'elle ait de recettes. La rémunération se finance alors sur le compte courant du dirigeant, ce qui est un cercle sans fin.
- Facturer des prestations à la filiale sans convention. C'est le premier point relevé en contrôle, et la déductibilité de la charge est remise en cause chez la filiale.
- Déplacer sa rémunération d'une société à l'autre sans décision écrite. Le changement doit être acté par un procès-verbal, dans les deux sociétés concernées.
- Ne pas vérifier l'effet sur le statut social. Changer de société de rattachement peut vous faire basculer d'un régime à l'autre, avec des conséquences sur la couverture et la retraite.
- Oublier le compte courant. Se rembourser son compte courant n'est pas se rémunérer : c'est récupérer une avance. Confondre les deux fausse l'analyse.
- Décider en fin d'exercice. Une rémunération se fixe en début de période, pas au moment d'arrêter les comptes.
Comment trancher
Il n'existe pas de réponse universelle. Le choix dépend de quatre éléments, à examiner dans cet ordre.
- Où exercez-vous réellement votre fonction ? C'est le point de départ, et il prime sur toute considération d'optimisation.
- Quelles recettes a votre holding ? Sans prestations facturées ni dividendes, elle ne peut pas porter votre rémunération.
- Quel projet préparez-vous ? Une transmission ou une cession à venir pèse lourd dans la décision.
- Quel régime social vous convient ? Il se détermine société par société, et les écarts de cotisations comme de droits sont significatifs.
Le bon schéma n'est pas figé. Il change quand le groupe s'étoffe, quand une filiale est vendue, quand une transmission se prépare. C'est un arbitrage à reposer à chaque arrêté des comptes, en même temps que celui entre salaire et dividendes.