Comment fonctionne une holding au quotidien ?
Une holding ne vend rien et ne produit rien. Son quotidien tient en quelques mouvements : elle encaisse ce que ses filiales lui versent, paie ce qu'elle doit, déclare, et consigne par écrit ce qui se décide. Voici ce qui se passe réellement, du premier au dernier mois de l'exercice.
Ce qu'une holding encaisse
Le compte bancaire d'une holding voit passer peu d'opérations, mais elles sont toutes significatives. Quatre sources de recettes reviennent.
- Les dividendes de ses filiales. C'est la recette principale. Elle n'arrive qu'une fois par an au mieux, après l'assemblée de la filiale qui décide la distribution.
- Les prestations facturées aux filiales. Direction, comptabilité, informatique, mise à disposition de locaux. Elles supposent une convention écrite et arrivent à un rythme régulier.
- Les produits de placement, si la trésorerie accumulée est placée.
- Le prix d'une cession, le jour où une filiale ou une participation est vendue. C'est un événement, pas une recette courante.
Ce rythme irrégulier est la première particularité d'une holding. Une société d'exploitation encaisse tous les mois ; une holding peut passer un semestre entier sans aucune recette, puis recevoir une somme importante en une fois.
Une filiale ne peut pas verser de dividendes quand elle le souhaite. La distribution suppose un bénéfice constaté, des comptes approuvés et une décision d'assemblée. Autrement dit, la trésorerie de votre holding dépend du calendrier comptable de vos filiales, pas de vos besoins.
Ce qu'elle paie
Les dépenses d'une holding sont peu nombreuses et très prévisibles.
- Les échéances d'emprunt, si elle s'est endettée pour acquérir une société. C'est souvent le poste le plus lourd, et il tombe tous les mois.
- La rémunération du dirigeant et les charges sociales correspondantes, quand le mandat est exercé et rémunéré au niveau de la holding.
- Les honoraires de l'expert-comptable, du commissaire aux comptes le cas échéant, et des conseils ponctuels.
- Les frais de structure : assurances, frais bancaires, abonnements, cotisations.
- L'impôt sur les sociétés, calculé sur son propre résultat, qui est souvent modeste mais rarement nul.
Le décalage entre recettes et dépenses est le vrai sujet. Les charges tombent chaque mois, les dividendes une fois par an. Une holding qui rembourse un emprunt doit donc conserver de la trésorerie entre deux distributions.
Ce qu'elle déclare
Une holding est une société comme une autre au regard des obligations déclaratives. Elle en a même quelques-unes de plus.
- La taxe sur la valeur ajoutée, dès lors qu'elle facture des prestations à ses filiales. Une holding qui ne fait que détenir n'est en principe pas concernée.
- La déclaration de résultat et la liasse fiscale, une fois par an après la clôture, avec des tableaux propres aux sociétés détenant des participations.
- L'impôt sur les sociétés, avec ses acomptes et son solde.
- Les déclarations liées aux dividendes qu'elle verse à ses propres associés, quand une distribution est décidée.
- Les déclarations sociales, si le dirigeant ou des salariés sont rémunérés par la holding.
À cela s'ajoute, chaque année, la mise à jour du registre des bénéficiaires effectifs si la détention a changé.
Ce qu'elle doit écrire
C'est la partie que l'on découvre en général trop tard. Une holding produit peu de factures, mais beaucoup de documents.
- Les conventions avec les filiales, signées avant la première facture et mises à jour quand les prestations changent.
- Les conventions de compte courant, qui encadrent les avances consenties entre sociétés du groupe.
- Les procès-verbaux d'assemblée, dans la holding comme dans chaque filiale, y compris pour les décisions qui semblent évidentes.
- Les décisions de distribution, qui doivent précéder le virement et non le suivre.
- Le registre des titres, tenu à jour à chaque mouvement sur le capital.
C'est la règle la plus simple à retenir. Chaque mouvement d'argent entre sociétés du groupe doit s'appuyer sur un document daté et signé. Une avance de trésorerie sans convention, un dividende versé sans procès-verbal, une prestation facturée sans contrat : chacun de ces points devient un risque au premier contrôle, et une décote au premier audit d'acquisition.
Le calendrier d'un exercice
Voici comment se déroule une année, pour une holding qui clôture au 31 décembre.
Transmission des pièces, saisie comptable, rapprochements bancaires, déclarations de taxe sur la valeur ajoutée le cas échéant. Peu de volume, mais un rythme à tenir.
Rémunération du dirigeant, facturation des prestations aux filiales, décisions qui doivent être prises avant la clôture. C'est le mois où l'on ne peut plus repousser.
Justification des comptes, valorisation des participations, contrôle des soldes réciproques entre sociétés du groupe. Les comptes annuels prennent forme.
Établissement et télétransmission de la déclaration de résultat, avec les tableaux propres aux sociétés de participation. L'impôt sur les sociétés est liquidé.
Approbation des comptes, affectation du résultat, décision de distribution. Chaque société du groupe tient la sienne, dans l'ordre : les filiales d'abord, la holding ensuite.
Les comptes annuels sont déposés au greffe du tribunal de commerce. La date de dépôt figure au registre public et se constate d'un clic.
Les distributions décidées sont versées. La holding retrouve de la trésorerie, et peut rembourser, réinvestir ou distribuer à son tour.
Le rôle du dirigeant
Diriger une holding demande peu de temps mais suppose de trancher quelques questions, et toujours les mêmes.
Combien faire remonter
Vous décidez chaque année ce que les filiales distribuent. Faire remonter trop peu prive la holding de trésorerie ; faire remonter trop fragilise la filiale. Cet arbitrage se pose société par société.
Comment vous rémunérer
Salaire de mandat, dividendes, remboursement de compte courant. Les trois voies n'ont pas le même coût ni la même protection sociale. Il faut aussi choisir dans quelle société vous êtes rémunéré : la holding ou la filiale.
Que faire de la trésorerie
La laisser dormir, la placer, rembourser par anticipation, financer une acquisition. Attention : une trésorerie qui s'accumule sans emploi professionnel modifie le profil de la holding, et peut peser sur sa qualification lors d'une transmission.
Ce qui se signe
Les procès-verbaux, les conventions, les déclarations. Aucun de ces documents ne s'applique sans votre signature, et votre expert-comptable ne peut pas se signer à lui-même l'autorisation de distribuer.
Ce qui prend le plus de temps
Contrairement à ce qu'on imagine, la comptabilité d'une holding n'est pas ce qui pèse le plus. Le volume de pièces est faible. Ce qui prend du temps est ailleurs.
- La cohérence entre sociétés. Les comptes courants réciproques doivent correspondre à l'euro près d'une société à l'autre. Un écart non expliqué remonte des années en arrière.
- Le juridique. Plus il y a de sociétés, plus il y a d'assemblées, de procès-verbaux et de dépôts. C'est le poste qui grossit le plus vite quand le groupe s'étoffe.
- Les décisions à provoquer. Une distribution, une convention, un arbitrage de rémunération ne se font pas tout seuls : quelqu'un doit les poser à temps.
- Le suivi du dossier de preuve, si la holding revendique la qualification d'animatrice.
Une holding mal tenue ne se manifeste pas immédiatement. Elle fonctionne des années sans que rien ne se voie, puis le problème apparaît d'un coup : lors d'un contrôle, d'une demande de financement, d'une transmission ou d'une vente.
Les assemblées non tenues, les conventions jamais écrites et les comptes courants non justifiés ne se rattrapent pas : ils se constatent sur des exercices clos.